28 octobre 2010

Les sacres québécois

Les localismes québécois me font maintenant sinon rire, sinon sourire chaque fois que je les entends.

"Maudit ksé platte." Maudit qu'j'entends pas ça assez souvent.

Un étudiant m'a envoyé un lien, récemment, vers un extrait du fil La Matrice où Wilson Lambert sacre en français. Je ne me souvenais plus de cette scène, ici.

J'ai dû lui répondre que les sacres chez moi sonnent très différemment. J'ai répliqué en envoyant une scène de Bon Cop Bad Cop, où un policier québécois donne quelques leçons de "sacrage" à un policier ontarien.

Ça m'a rappelé les leçons que je donnais à Toronto.

Mais vraiment, j'ai ri le plus en écoutant la lettre (le vidéo est nul) suivante, une plainte au Premier Ministre à propos du protocole de renouvellement des passeports.

Disons que je ris un peu jaune, en pleine campagne d'applications de recherche post-doctorale: les formulaires et exigences canadiennes sont vraiment à pleurer.

19 octobre 2010

Les nouvelles scientifiques en français

Quand j'étais jeune, je consommais beaucoup de vulgarisation scientifique en français. Si j'exclus les livres qui ont un « cycle de vie » différent, mes sources étaient les émissions de qualité à Radio-Canada et Télé-Québec, Québec Science à la bibliothèque, le journal (nous avions Le Soleil à la maison) et, plus tard, le Web. Aujourd'hui, comme je travaille en science et que je n'ai plus accès à la télévision québécoise (je n'ai pas de télé, de toute façon! Et tou.tv ne marche pas aux USA...) la vulgarisation que je rencontre m'arrive par hasard soit sur Cyberpresse, soit parce que mon père garde des articles du Soleil et du Journal de Québec qu'il me donne quand je vais chez mes parents. Il m'arrive souvent de ne pas comprendre ce dont il est question parce que la découverte est « trop vulgarisée », alors quand ça pique ma curiosité je dois rechercher le nom de l'auteur cité dans l'article sur Internet pour trouver un meilleur article en anglais (les articles en anglais ne sont pas tous meilleurs, mais il y a une bien plus grande variété de sources) ou remonter à la page du chercheur ou l'article original. Les nouvelles scientifiques sur Cyberpresse (la version électronique de La Presse et du Soleil) leur viennent à travers l'Agence France-Presse et sont de piètre qualité. Je lis de moins en moins le site Web de Radio-Canada ; leurs nouvelles scientifiques ont souvent la même provenance, mais sont éditées par Radio-Canada.

« notre » amas de galaxies
La semaine dernière, un article écrit par mon groupe de recherche est paru dans le Astrophysical Journal, et en même temps (soit le 13 octobre), un communiqué de presse (disponible ici) a été publié par Harvard-CfA. (Ne cherchez pas mon nom, il n'y apparaît pas comme je suis deuxième dans la liste des auteurs!) Nous avons été surpris de voir à quelle vitesse la découverte, intéressante mais pas révolutionnaire, a été reprise par la presse. Dès le lendemain matin, le 14, la nouvelle était publiée à plusieurs endroit, et en fin d'après-midi, une recherche pour « Brodwin » (l'auteur principal) sur Google News donnait le nombre d'articles suivant:
31 en anglais
25 en russe
8 en espagnol
1 en estonien.

La nouvelle est assez populaire pour s'être retrouvée à la une de digg il y a deux jours.

Ce matin (le 19 octobre), par curiosité, j'ai fait la même recherche, pour trouver:
59 en anglais
39 en russe
27 en espagnol
12 en chinois
2 en hongrois
2 en vietnamien
2 en allemand
1 en japonais
1 en polonais
1 en finnois
1 en indonésien
1 en slovaque
1 en néerlandais
1 en tchèque
1 en roumain

C'est anecdotique, mais je ne suis pas surpris de voir que le français ne s'y trouve pas. Si la tendance se maintient, 3-10 jours l'Agence France-Presse va traduire le communiqué de presse, peut-être l'éditer un peu pour le rendre moins précis, et ce sera là la diffusion en langue française.

Je n'ai pas de problème à ce que des fils de presse existent pour les nouvelles internationales, mais je constate qu'ils semblent être moins bons en français que dans une multitude d'autres langues pour les sciences. Quels en sont les impacts est une question difficile à répondre, mais je doute que ce soit positif.

Il y a aussi que sur le Web, le français est sous-représenté. Mais ça c'est une autre question à laquelle je vais revenir. Quant à la nouvelle en question, je veux bien l'expliquer en français. Mais je vais attendre de 3 à 10 jours pour voir si ma prédiction se réalise.

15 octobre 2010

Spéculation sur l'identité de Marie Stella, les deux pieds dans le chocolat

Qui est-ce qui l'a c'est Marie Stella
Les deux pieds dans le chocolat
C'est une comptine qui faisait partie d'un jeu avec un ballon, quand j'étais jeune, et que plusieurs Québécois doivent connaître. En tant qu'adulte, deux questions me viennent immédiatement à l'esprit:
Q. Qui est cette mystérieuse Marie Stella?
Q. Pourquoi a-t-elle les deux pieds dans le chocolat? (Ça semble n'avoir aucun sens!)

Je pense pouvoir répondre à ces deux questions. Pour vrai.

Description du jeu

Si je me souviens bien, le jeu va comme suit, et demande au moins trois joueurs et un ballon. L'un des joueurs commence avec le ballon, appelons ce joueur « la Poule » ; c'est une terminologie standard à St-Charles-de-Bellechasse. La Poule lance le ballon derrière elle, puis les autres attrapent le ballon et forment un rang, avec les mains derrière le dos, où l'un des joueurs cache le ballon. Les joueurs disent ensemble:
Qui est-ce qui l'a c'est Marie Stella
Les deux pieds dans le chocolat!
La Poule se retourne, et essaie de deviner qui a le ballon. Si elle perd, elle reste la poule, sinon celui ou celle qui avait le ballon devient la poule. Simple non?

(Comme le but du jeu est manifestement de ne pas être la poule, avec le recul il me semble que la stratégie optimale aurait été de ne jamais prendre le ballon derrière son dos et de laisser les autres le faire, mais bon je suis probablement plus compétitif que la moyenne des enfants de six ans. Mmmm... J'en informerai mes enfants et ils gagneront toujours contre leurs cousins!)

La stella maris

Je me suis mis à penser à tout ça parce qu'hier je suis tombé par hasard sur maris stella, l'étoile de la mer, un autre nom pour l'étoile polaire et pour Notre-Dame-de-l'Assomption, un avatar catholique de la vierge Marie. L'ordre des mots étant moins important en latin (grâce au cas), on dit aussi stella maris (par exemple dans la belle chanson Je ne veux pas dormir ce soir de Jean-Pierre Ferland).

Ave Maris Stella est un hymne des vêpres et une prière autorisée pour la liturgie des heures catholique.
Ave maris stella,
Dei mater alma
Atque semper virgo
Felix caeli porta

Drapeau Acadien - Photo de djking
La stella maris est l'étoile jaune sur le drapeau Acadien, et il se trouve que Ave Maris Stella est l'hymne national Acadien.

Mon hypothèse

Comme le nom Marie Stella (ou le prénom Marie-Stella) est peu fréquent, je propose donc que la comptine est née de la prière latine (à travers l'Acadie ou la religion, peu importe ; cette supposition est probablement impossible à prouver, mais raisonnable...) Donc

Q. Qui est cette mystérieuse Marie Stella?
R. Elle est nulle autre que Maris Stella, c'est-à-dire Notre-Dame-de-l'Assomption, c'est-à-dire la vierge Marie. En ce sens, la comptine est blasphématoire.

Q. Pourquoi a-t-elle les deux pieds dans le chocolat? (Ça semble n'avoir aucun sens!)
R. Si la comptine est en effet inspirée d'un texte latin, un enfant (ou autre inventeur de comptines) ne parlant pas latin y substituera un texte français n'ayant aucun sens.


Photo de keinepanik

10 octobre 2010

L'étymologie du mot blogue

Voici un billet un peu plus léger que mon premier, un peu pour montrer à mes collaborateurs que je ne serai pas toujours aussi lourd.

Le mot blogue, recommandé par l'Office québécois de la langue française, ou blog comme il semble être écrit plus souvent en France, vient de l'anglais blog, une contraction de web log. Log ou log-book est un journal, et est à l'origine un terme maritime : pour mesurer la vitesse d'un navire, les marins jetaient un morceau de bois (a log est une bûche ou un billot) attaché à une corde portant des noeuds à intervalles réguliers. Le nombre de noeuds tirés en trente secondes donnait la vitesse du bateau, qui était écrite dans le journal de bord, le log book, littéralement « le livre de la bûche.»

Certains ont tenté de traduire blog par « journal web ». Pensant à peut-être suggérer un nouveau mot 100% francophone pour remplacer blogue, j'ai remonté la chaîne étymologique d'un niveau et cherché la traduction française de log au sens maritime, et c'est loch. C'est le même mot, la même origine, donc ça ne m'avance pas. Fait intéressant, la corde portant les noeuds s'appelle une houache, mais je ne suis pas prêt à associer le mot « houache » à mon écriture (ou celle de mes collaborateurs, triés sur le volet).

Je suis donc contraint de remonter l'étymologie d'encore un cran, au morceau de bois. Et c'est avec fierté que j'introduis le néologisme billet (de billot, « log ») pour désigner les articles publiés sur un blogue.

La langue française me remercie.

De rien.

La citoyenneté canadienne « diluée » à l'étranger?

Il y a deux mois, j'ai reçu une lettre d'Élections Canada:
Monsieur,
Nous vous informons par la présente que votre nom sera radié du Registre international des électeurs d'Élections Canada en date du ...
etc.
Je perds mon droit de vote, comme je vis aux États-Unis depuis cinq ans. (Évidemment, je peux le retrouver en déménageant au Canada.) Je savais que ça viendrait, et il y a déjà trois ans que je ne peux plus voter au provincial, mais ça m'a quand même fait quelque chose, et ça m'a fait réfléchir à la signification de la citoyenneté canadienne. Je m'explique.

Dans certains pays, la citoyenneté semble être une condition suffisante pour avoir le droit de vote (sauf pour les prisonniers, ce qui est un sujet intéressant, surtout aux États-Unis où la population carcérale est énorme, mais je n'en parlerai pas ici comme ça ne s'applique pas à moi!). Par exemple, les citoyens américains peuvent voter peu importe le temps passé à l'étranger ; aussi, une amie qui est née et a grandi au Québec et qui a aussi la citoyenneté française a le droit de vote en France. D'autres pays, à la diaspora plus importante, tentent explicitement de prendre en compte les citoyens expatriés : le sénat italien compte depuis 2001 quatre sièges pour les représentants élus par les citoyens italiens vivant à l'étranger (respectivement en Europe, Amérique du Sud, Amérique du Nord, et reste du monde) ; plusieurs pays est-européens ouvrent des bureaux de vote à l'étranger lors d'élections et référendums.

Alors que je perds mon droit de vote après cinq années passées comme étranger non-immigrant (étudiant) aux États-Unis, continuant à remplir mes rapports d'impôt au Québec et au Canada, je ne peux m'empêcher de penser que comme Canadien (et Québécois) à l'étranger je suis un peu moins canadien (et moins québécois) qu'un Français à l'étranger n'est français.

Je suppose sans vraiment savoir que cette clause de la loi électorale a une longue histoire et ne découle pas de l'esprit de la politique multiculturelle canadienne; par exemple, le Royaume-Uni dont nous héritons tant de caractéristiques politiques a une expiration similaire du droit de vote, mais après quinze ans. Mais je ne peux m'empêcher de spéculer que la loi serait différente si le Canada avait une identité nationale plus forte.

Je n'écris pas ce billet pour me plaindre, seulement pour dire que je constate que ma citoyenneté est diluée, et si c'était de moi, il en serait autrement. Même si j'ai toujours exercé mon droit de vote, une partie de moi pense comme cette partie importante de la population qui ne vote pas que je ne manque pas grand chose, mais je serais particulièrement triste de mon sort s'il devait y avoir, par exemple, un référendum sur la souveraineté du Québec sans que je puisse faire mon « devoir de citoyen.» Mais ce n'est pas dans les cartes pour cette année...

Avis aux politiciens: si vous promettez d'allonger la période, par exemple, de cinq à quinze ans, vous pourrez compter sur le vote de plusieurs Canadiens qui sont à l'étranger... Il me semble que ce serait une belle idée pour le Parti Libéral, comme M. Ignatieff a longtemps vécu à l'étranger, ou pour le Bloc, qui travaille à défendre l'identité nationale des Québécois.